La session 2009 des Résidences Grandeur Nature accentue l’implication du festival sur les relations entre art, environnement, écologie et développement durable, - en concevant un programme de conférences thématiques avec des acteurs de premier plan - en accueillant prioritairement des étudiants en écoles d’art, comblant ainsi un vide de connaissances sur ces notions auprès d’une population en devenir.
Grandeur Nature défend un autre regard sur la nature.
Nous avons organisé durant ces trois semaines de résidences pour artistes plasticiens, des conférences pour tous publics et accessibles gratuitement, sur les relations entre art, environnement, écologie et développement durable (voir la liste des conférenciers ci-après).
Ces conférences ont aussi permis de structurer l’encadrement des résidences des étudiants en écoles d’art, en plus du soutien technique et logistique que nous leur avons apporté pour la réalisation de leurs œuvres. Ce souci pédagogique est d’autant plus marqué qu’il n’y a pas d’enseignement portant sur ces connaissances spécifiques dans les écoles des beaux-arts françaises.
La session 2009 des résidences Grandeur Nature a vu à travers les œuvres présentées tout l’été sur le parcours, une relation approfondie au paysage environnant.
Mais ces résidences ont également accentué la relation au territoire par l’organisation de plusieurs partenariats avec des artisans locaux : tels que la Société Queyrassine du Bois pour la réalisation de deux œuvres, la confiserie La Ruche de Maïa, le centre d'hébergement Le Fontenil à Ristolas ou encore avec le joallier Laurent Bergues installé à Aiguilles.
Les quatre artistes invités cette année ont envisagé le travail en contexte à travers plusieurs problématiques nourries de la programmation de conférences abordant aussi bien des questions éthiques d’inscription sur le territoire du Queyras, de partage de connaissances avec les populations et traversé de dialectiques propres au champ de l’art : rapports de volumes et de tensions à l’espace, jeux de regards, ou question sur le devenir sculptural des œuvres érodées par la météorologie.
Les artistes accueillis en résidence sont étudiants en écoles d’art, venus des quatre coins de la France et de différents niveaux : Juliette Dumas a 22 ans et vient de terminer la deuxième année à la Villa Arson à Nice ; Vincent Escalle a 25 ans, étudiant en quatrième année à l’Ecole régionale d’art de Rennes, ainsi qu’en master 2 à l’Université de Rennes ; Alexis Judic a 26 ans, diplômé de l’Ecole des beaux-arts du Mans ; Florian Leduc a 26 ans, étudiant en troisième année à la Villa Arson, à Nice.
Le parcours-exposition Grandeur Nature sur le Sentier des Amoureux sur la commune de Molines-en-Queyras est constitué à la fois d’œuvres des éditions précédentes du Festival Grandeur Nature et des nouvelles sculptures des artistes accueillis cette année.
Ce parcours est tout public, laissant libre cours à la découverte derrière chaque arbre.
Session des résidences artistiques Grandeur Nature 2009 :
Peintre de formation, Juliette s’aventure dans le Festival Grandeur Nature afin de trouver des réponses à des problématiques de représentation picturale. L’absence ou le dépouillement de contexte dans ses peintures interrogent de fait cette notion, la conscience de l’artiste de ce manque dans son dispositif pictural, centré sur les sujets par une pratique du portrait, l’a poussée à participer aux Résidences Grandeur Nature afin de se confronter à d’autres normes et échelles : la nécessité de penser l’intervention dans un contexte de montagne aussi fort que le Queyras.
Cette déroute, portée par des enjeux primordiaux de l’influence de l’environnement sur une œuvre, la conduit vers plusieurs projets sculpturaux de nature jouant avec le paysage. Il s’agit d’une transgression notable dans l’œuvre de l’artiste, de la représentation à l’acte, du ressentiment ou de la remémoration à l’expérimentation. Néanmoins sa pratique de peintre procure à Juliette une acuité et une sensibilité pour réinterpréter les signes et les formes disponibles dans le paysage du Queyras.
PROJET POUR GRANDEUR NATURE :
Juliette réalise deux œuvres pour Grandeur Nature :
« Strates » à l’entrée du sentier des Amoureux depuis Pierre Grosse, superposition en couches de pierres de différentes couleurs ornent une coupe de terre se mêlant aux racines. Les pierres ont été collectées sur l’ensemble de la région du Queyras et constituent ainsi une résurgence d’un motif enfoui, éteint, tout en réalisant un bas-relief naturaliste et éphémère. Cette œuvre a été réalisée avec le soutien de Laurent Bergues, joaillier à Aiguilles.
« Boutons d’or » se compose de plusieurs sphères, disposées içi et là à l’orée de la forêt. L’œuvre entre en résonance à son environnement par jeu de couleur et de forme. Sucrerie disproportionnée, l’œuvre n’a une durée de vie que limitée, rendez vous incontournable des insectes et rampants du champ où elle est posée. Elle est aussi soumise à la météorologie : la forme se module à l’entropie de cet environnement modifiant la structure jusqu’à épuisement. Boutons d’or a été réalisé avec le soutien de La Ruche de Maïa.
Juliette Dumas a 22 ans, étudiante en deuxième année à la Vila Arson, à Nice.
La pratique de Vincent expérimente des procédés naturels tels que la salinisation ou l’oxydation, produisant des sculptures au rythme d’élaboration lent et hors du geste de l’artiste. Son érudition en théorie du paysage et sa maîtrise d’une physique élémentaire inventent des œuvres en relation concrète à la nature.
PROJET POUR GRANDEUR NATURE :
Pour Grandeur Nature, deux œuvres de Vincent Escalle s’installent dans les forêts longeant le Sentier des Amoureux : « Trouée » est le déploiement sur tout un pan de forêt d’une quarantaine de souches sculptées en volume de base carrée. Le cube, forme minimale par excellence, reliant sciences mathématiques et industrie, se rompt ici au style d’une facture artisanale. L’irrégularité des cubes vient ré-enchanter par une sorte d’effet absurde la rigueur de la conception minimale de la forme.
« En attendant… » est un assemblage de quatre cubes en bois pleins, disposé dans une clairière sur une butte dans un couloir d’avalanche. Œuvre invisible depuis le sentier, elle se manifeste pourtant lourdement par son poids et par l’énergie qu’elle contient : scénarisant le mouvement d’une avalanche, la sculpture retient le devenir de sa forme dans un temps étiré qui inclut son emportée et ses repositionnements si une avalanche venait à s’y abattre. Ces deux œuvres ont été réalisées avec le soutien de la Société Queyrassine du Bois.
Vincent Escalle a 25 ans, étudiant en quatrième année à l’Ecole régionale d’art de Rennes, et master 2 à l’Université de Rennes.
Alexis Judic transforme ses lieux d’intervention par la mise en place d’architectures sommaires, s’intéressant à la géométrie, inventant des volumes aux perspectives faussées.
PROJET POUR GRANDEUR NATURE
Pour Grandeur Nature, Alexis Judic conçoit un dôme géodésique, forme complexe de la bionique ou analogie d’un habitat rudimentaire, les triangles architecturés en sphère répondent frontalement aux masses montagneuses qui l’hébergent ; aussi, la forme géodésique catalyse le passage d’une forme strictement mathématique à sa réalisation artisanale.
Alexis Judic a 26 ans, diplômé de l’Ecole des beaux-arts du Mans.
Florian a un parcours de graphiste avant de devenir étudiant en Ecole d’art. Sa pratique multiple (photo, vidéo, sculpture…) témoigne d’un goût indéniable pour le visuel. Les beaux-arts apparaissent comme un espace libérateur des contraintes que Florian a pu connaître étant graphiste. Cette qualité propre à la discipline s’installe progressivement dans l’œuvre de Florian, au point de le pousser depuis un an à ne réaliser des sculptures qu’informes ou comprenant des formes molles.
PROJET POUR GRANDEUR NATURE
Ses œuvres pour Grandeur Nature réifient des symboles forts du Queyras : « Scrupules », désignant étymologiquement un caillou logé dans la chaussure, est une allégorie de l’histoire de la République des Escartons, le nœud rassemblant les chemins ou frontières est une sculpture pyramidale constituée de l’ensemble des pierres collectées dans la terre des sentiers évidés. L’amas de pierres contient une sensualité presque mystique, confinant aussi bien dans la forme que dans la matière un processus de rituel. « Langage commun » met en scène des signes de la pop culture dans un paysage tourmenté par les événements météorologiques. L’accumulation de graffitis sur les troncs traduit aussi bien la domestication de la forêt, la résurgence du culturel sur le naturel, que la vivacité de ces arbres emportés par les avalanches de l’hiver, et la banalisation d’un langage mondialisé et transgénérationnel.
Florian Leduc a 26 ans, étudiant en troisième année à la Villa Arson, à Nice.